Ici nous publierons des livres qui portent des idées de destinations, celles nées de la réflexion, de l’introspection, de la maturation, qui parlent de l’expérience de vivre, de ses exigences, et qui conduisent à développer les meilleures intentions et dispositions que nous pouvons avoir les uns envers les autres.

Des livres, il y en a, et tellement. Je n’ai pas écrit un autre livre pour faire joli, gentil, littéraire, ou pour raconter une belle histoire. D’autres s’en chargent très bien pour nos plaisirs multiples de divertissement. Il s’agit ici d’une grande lettre que je nous adresse, qui questionne nos conditionnements mentaux délétères. Il s’agit d’une lettre de mise en demeure à notre humanité, elle réclame la fin des fuites en avant et de côté, celles qui recourent à la violence par réflexe endémique, inconscient et involontaire. Pourquoi diable vivons-nous et sommes-nous témoins de tribulations si insoutenables que nos actions ne cessent de ramener sur le devant de la scène ?
Dans les précédents livres que j’avais peinés à écrire, j’exprimais de la frustration, je cherchais des éléments de réponse. Ils n’étaient tout compte fait que des brouillons m’entraînant à celui-là, que je n’aurais pas pu écrire avant. Je les avais terminés avec un sentiment d’inaccomplissement. Je manquais de perspective. Je restais en surface. Je n’osais pas mettre sur le clavier ce que je portais tout au fond. Ma voix restait nouée. Il me fallait descendre dans le puits de mes inscriptions d’origine pour laisser remonter l’eau qui surgit et immerge jusqu’au tréfonds de soi les archétypes qui nous tiennent asséchés en surface. Il fallait prendre le temps de me poser pour écouter le murmure intérieur et le laisser répondre avec lucidité plutôt qu’avec colère devant toutes les violences que notre espèce se plaît à commettre jusqu’au dégoût de nous-mêmes. Le temps devait faire son œuvre, et maintenant l’œuvre doit faire son chemin : il suffit de s’enferrer dans ce qui nous porte préjudice les uns aux autres.
La rencontre avec les trois dieux des trois religions monothéistes s’est imposée. Avais-je le choix de les empêcher d’entrer ? Ils ont poussé la porte, je les ai écoutés, mais j’avais surtout beaucoup à leur dire ! On a passé du temps ensemble à argumenter, puis à se taire pour laisser infuser en chacun de nous les échanges. On ne badine pas avec des dieux en colère et désespérés qui veulent que tout soit parfait, comme si c’était possible avec les humains. On ne se contente pas de facilités, de lieux communs, de justifications mécaniques ou philosophistes quand on reprend les fondamentaux des traditions déviées et déviantes pour les désamorcer ; quand on finit, par exemple, par écrire au nouveau pape, sans l’avoir prémédité, pour le sommer de changer son regard sur la nature de sa fonction, l’utilisation de ses chaussures et la destination de ses pas. La pression répétée des dieux m’a fait voyager jusqu’aux limites que j’avais toujours crainte de franchir par peur de me retrouver seul, alors que je l’étais déjà, infiniment, en groupe, en famille, et en couple. Avais-je eu besoin de quitter mon pays, ma culture, de me sentir si décalé, pour devoir retrouver la présence de mes véritables racines qui ne sont ni culturelles, ni identitaires ? Un exil en a appelé un autre, être Québécois ou Français, a fini par me sembler tellement secondaire. Il m’a fallu me dépouiller de tout ce que je n’étais pas par circonstance, mais devenu par conscience. Il m’a fallu remettre en cause le repli protecteur de mon petit personnage pour laisser passer à travers ses filtres l’intelligence sapientielle qui nous alimente tous, mais que nous écoutons si peu, obtus et si remplis de mauvaise foi. Pour ensuite risquer la traversée du Rubicond page après page, décrivant les postures les plus récurrentes de l’humanité, les analysant comme le petit judoka sur son tatami qui veut faire un ippon au Minotaure qui se dresse devant lui, et qui pèse le poids des habitudes de toute l’Histoire.
Ce livre c’est une porte qui s’ouvre, et qui dans son mouvement peut frapper au pied et ou à la tête : attention elle est poussée par de fortes rafales. C’est une porte qu’on doit laisser ouverte, si on la referme c’est manqué. Ce livre a sans doute fait peur à toutes les maisons d’édition auxquelles je me suis adressé. Je comprends, elles sont là pour survivre, moi pas. Je survis déjà, j’avais juste besoin de vivre. J’ai donc dû créer la mienne. Il fallait assumer, il était temps ! Faire le pain ne suffit pas, cultiver son jardin non plus. Et à quoi bon lire et relire ce qui nous conforte si ça nourrit la crainte des autres et rend obèses et autistes nos défenses et certitudes absolues ? Il faut trouver le chemin de l’apaisement, et ensuite chercher à réfléchir dans la justesse. Notre patrimoine directeur commun et universel ce sont les idées, celles qui savent analyser les perspectives et désamorcer les pièges des croyances nauséabondes qui nous infestent. La lumière ou la fausseté de nos pensées nous éclairent ou nous blessent, à nourrir de bons ou de mauvais sentiments les uns envers les autres.

Bien sûr ce premier livre sera en vente sur place, au fournil. Ensuite ici, en ligne. Et pour qu’il fasse sa vie, si vous l’avez trouvé pertinent, parlez-en à votre libraire, on lui en enverra des copies. Soyez prudents si vous le recommandez à vos amis, vous pourriez les perdre. Les vraies amitiés, comme les amours profonds, survivront peut-être.
Le service d’expédition de la maison d’édition, assurée par un vieux boulanger étranger qui travaille la nuit et qui écrit si mal à la main, ne garantit pas un service aussi rapide et aussi peu coûteux que la FNAC ou Amazon. Mais soyez patient, ça viendra, même s’il y a un peu de farine entre les pages. Et si jamais il faut rééditer, les limites du petit atelier d’imprimerie, qui verse autant dans la typographie, et dont l’âge moyen de l’équipe et du matériel est encore supérieur à celui de l’équipe de la boulangerie, rajouteront un effort à votre patience, en espérant qu’un ou deux caractères en relief ne se soient pas égarés.
Vous le trouverez aussi à la librairie Goulard à Aix en Provence.
Au cas par cas, le tarif du transport dépasse celui du coût du livre. Ciel enneigé et patte de chevreuil, que faire ? Le transport par chasse-galerie étant tombé en désuétude, allais-je me tourner vers la mafia locale vertueuse ? Un de ses représentants, grand pèlerin des chemins impossibles, m’a loué dans l’immense entrepôt illicite de son tout petit appartement l’espace gigantesque d’un peu moins de .5 mètres carrés, de manière à y expédier des petits cartons. Et de là pouvoir alimenter des points de vente à partir de fin septembre, encore à préciser, le premier étant L’Échappée belle à Sutton. Comme je suis grand seigneur qui court à sa perte plus vite que l’âge qui me rattrape, les descendants des trappeurs, des fils de la liberté, des Papineau, des Nelligan-Vigneault-Leclerc et Cie, pourront régler l’achat d’un livre fabriqué au coût de l’ euro et vendu en dollar canadien. Quelle magie ! Mais au vu du taux de change, ne soyez pas trop nombreux à emprunter cette filière, vous allez me ruiner. Que diable ne ferais-je pas pour mes compatriotes qui, me considérant coupable de haute trahison de vivre en France depuis si longtemps, et d’avoir un peu, juste un peu, perdu mon parler du clan, sauront quand même s’intéresser à mes délires d’immigré couchés sur papier au pays de Voltaire.
